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Quand le malheur frappe
Georges Gaudet - 30 septembre 2004

L’ouragan Jeanne a fait plus de 2 000 victimes aux Gonaïves, cette partie de Haïti, perle des Antilles mais hélas, pays le plus pauvre d’Amérique. Maintenant que cet ouragan est passé, plus de 200 000 personnes sont sans nourriture et sans eau depuis plus de huit jours, en tous les cas, au moment où j’écris ces lignes. Les cadavres jonchent le sol partout, l’eau et la vase semblent s’être stabilisées en pleines rues de la ville et les habitants, affamés, décimés par la maladie et les blessures meurent encore sur les toits de leurs maisons, du moins celles qui ont résisté à la catastrophe.

Vous l’aurez sans doute remarqué comme moi. Les routes sont impraticables et les secours sont difficiles à acheminer vers les victimes. Le moindre convoi déclenche une émeute à chaque distribution de victuailles, les services de police et encore moins les services sanitaires sont inexistants. Curieux que la pluie et les mauvaises routes suffisent à arrêter des convois humanitaires. Pourtant, des hélicoptères, ça existe à ce que je sache! À moins que ce ne soit tiré d’un roman de science fiction…où d’un mauvais rêve hors duquel je vais finir par sortir, les gouvernements des Nations unies sont tous dotés d’une certaine quantité d’hélicoptères. Au cas où ils ne le sauraient pas, il devrait bien y avoir quelqu’un pour leur dire qu’un hélicoptère, cela peut se poser à peu près n’importe où et surtout quand il fait beau comme c’est présentement le cas à Haïti depuis le passage de cette sale tempête.

Ah oui, mais j’oubliais un petit détail ! Les Haïtiens ne sont pas des Américains. Pire, ils ont la peau noire. De plus, leur pays est le royaume de la corruption politique et économique. Comme si ce n’était pas assez, ils n’ont pas de pétrole, pas de richesses naturelles et qui voudrait aller passer des vacances en un tel pays, si pauvre et si dangereux, même s’il fut déjà appelé la perle des Antilles, tant les beautés de ses paysages sont légendaires. En attendant que nos grands dirigeants des pays puissants de la terre daignent réaliser qu’il y a des milliers de gens qui meurent à leurs portes; il reste à trouver le leader pour convaincre qu’avec l’équivalent d’un budget de quelques bombardiers furtifs B2, on pourrait sauver des centaines de vies humaines, peut-être des milliers. En attendant, nous, pauvres voyeurs et fournisseurs de fonds à ces insensibles chefs d’état, on doit se contenter de regarder la « tivi » en se disant que « cé ben triste tout ça »…mais que « cé p’tête ben de leur faute après tout….et si y travaillaient comme tout l’monde…y s’raient équipés pour se défendre quand ça leur arrive ….des affaires comme ça! » Est-il nécessaire de vous dire que lorsque j’entends pareilles inepties et d’autres dont je vous épargne le texte, j’ai envie de me prendre la tête à deux mains en me demandant dans quel monde nous vivons!

Question responsabilité, il est vrai que les Haïtiens paient le prix de certains de leurs actes, mais encore là, il ne s’agit que d’une petite minorité qui détient les rênes du pouvoir et de la bourse. Depuis des dizaines d’années dit- on, on a coupé la forêt environnant Gonaïve à coup de coupes à blanc et tout ceci pour enrichir les quelques « fricqués » de la place et les riches industries de la coupe du bois de qualité des États-Unis et de d’autres pays similaires. Arrive alors ce qui était prévu. La rétention d’eau qui se faisait naturellement par la forêt n’existe plus et tout ce qu’il nous reste, à nous, les voyeurs du Nord, c’est de regarder mourir ces humains à qui on n’a pas demandé leur avis quand il s’est agi de prendre le peu qu’ils avaient pour se protéger, ne serait-ce que de dame Nature. Une dame qui, faut-il le dire, n’agit pas toujours en dame quelquefois!

Un texte qui m’a laissé perplexe Ce message est affiché dans la salle d’attente du département de radiologie du Centre hospitalier de l’Archipel des Îles de la Madeleine et il est signé du Département d’imagerie médicale.

« Message important » Près de 20 000 examens par année sont lus ici par un seul radiologiste aux Îles. - Si vous êtes un accidenté grave, vous passerez immédiatement; - Si votre vie est en danger, vous passerez immédiatement; - Si vous êtes aux soins intensifs, vous passerez dans les plus brefs délais; - Si vous êtes hospitalisés, nous ferons le plus tôt possible; - Pour des examens radiologiques au bloc opératoire, nous devons vous prioriser sur le champ. - Pour des cas de RX ordinaires tels que poumons, fractures en provenance de l’urgence, nous ferons votre examen aujourd’hui, mais avec de l’attente. - Si vous provenez d’un bureau de médecin ou de la clinique externe à l’urgence, un rendez-vous vous sera donné. L’attente peut varier de 2 semaines à 8 mois, tout dépendant de l’examen prescrit. Nous avons sept secteurs à desservir tous les jours avec trois technologues pour faire vos examens.

VOUS POUVEZ TRE INSATISFAIT DES DÉLAIS, MAIS CELA NE VOUS DONNE PAS LE DROIT D’USER DE VIOLENCE VERBALE OU DE TOUTE AUTRE FORME D’INTIMIDATION ENVERS LE PERSONNEL.

SI UNE SITUATION EST JUGÉE INACCEPTABLE, NOUS POURRONS AVOIR RECOURS À LA SÉCURITÉ DE L’ÉTABLISSEMENT.

Merci de votre collaboration!

Bon! Qu’en pensez-vous? Vous, les payeurs de taxes et d’impôts, vous les malades, vous les anxieux, sans information sur un état de santé que vous sentez qui se détériore, vous, ceux qui simplement n’ont pas lu ce texte et en prenez connaissance … maintenant!

Peut-être devrais-je poser aussi la question au radiologiste. Peut-être en a-t-il ras le pompon lui aussi. Et puis les technoloques, les infirmières, le personnel des rendez-vous aussi…etc., etc.

N’empêche que sans accuser aucunement le personnel hospitalier impli-qué dans ce secteur, je me dis que quelque chose ne va pas au royaume de nos gestionnaires, au royaume de nos politiciens, au royaume de nos penseurs et planificateurs de mes deux….

D’abord qu’un tel texte soit nécessaire dans un établissement comme un hopital est déjà une aberration. Oui, le personnel doit être protégé et respecté, cela est de prime importance et va de soi. Mais quand il faut en arriver à un tel texte pour parer à toute éventualité, c’est que quelque chose cloche et ce n’est pas rien.

Il y a d’abord le ton sur lequel il est écrit. Cela sent le mépris, le manque de respect de la clientèle. En lisant cela je me suis senti comme du bétail, marqué, parqué et pris pour un dinosaure qui ne saurait distinguer entre la bonne tenue, le respect d’autrui et le droit de faire valoir un questionnement, une information, voire même une frustration qui en l’occurrence, à voir les délais, pourrait bien être tout à fait légitime.

De ce que j’ai compris de ce texte, les mots accidents graves et vie en danger égalent (soins immédiats). Jusque-là, ça va! Puis soins intensifs égalent (brefs délais). Là il me faudrait une interprétation du mot (bref). On est en milieu hospitalier à ce que je sache, un milieu de rigueur médicale…et scientifique. Le mot hospitalisé égale soins (le plus tôt possible). Est-ce à dire qu’il se pourrait bien que des gens soient hospitalisés pour rien et que (le plus tôt possible) serait acceptable? Pour le bloc opératoire, ça va…enfin c’est la moindre des choses (logiques), mais je ne comprendrai jamais comment on peut « arrimer » urgence et (attente). Quant au délai de 2 semaines à 8 mois dépendamment de la situation, il ne s’agit là que d’une insulte à l’intelligence humaine, mais le pire dans tout ça, c’est le ton et la menace qui suit et écrite en plus gros caractère que tout le reste.

Moi je vous le dis, tout ça sent le mépris et l’insulte. Devra-t-on un jour barricader les gens qui offrent un service aux malades tellement ce service sera pourri? Je me demande si un tel texte passerait la rampe dans une clinique médicale privée. Là où les gens en moyens n’aiment pas attendre. « Of course » ils paient pour…eux, tout comme si nous, les autres, nous ne payions pas! Disons que la politesse va dans les deux sens et que personnellement je me serais contenté d’une pancarte disant à peu près ceci: « La violence verbale ne fait pas partie de mes tâches ».

Des fois, moi je vous dis: « On est pas aux Gonaïves, mais cela ne prendrait pas grand chose pour qu’on s’en rapproche….et avec l’hiver en prime.

Waiter, passe donc mon café au micro-onde….à défaut de Rayon X!

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